Critique du film  » I  » par Sophia Samy

janvier 21, 2015
par Shankara Team

Sans titre 1

I-La beauté
Lingesan (Vikram) est un bodybuilder et gérant d’une salle de musculation dans une ville populaire du sud de l’Inde. Il aspire à participer au concours de Mister India, tout en vouant une adoration sans limite à une star du mannequinat indien, Diya (Amy Jackson). Son destin prend un tournant inespéré lorsque son idole lui propose de poser avec elle pour une campagne publicitaire pour éviter de devoir collaborer avec John (Upen Patel), un mannequin arrogant et insolent. Entre succès, amour, argent, jalousie et trahison, Lingesan va être frappé de plein fouet par l’insanité du monde des caméras et des paillettes …

Difficile de croire que cette œuvre émane du très engagé Shankar… Ici, pas de message social délivré, ni de dialogues électrisants. Il nous livre (seulement) une œuvre à l’image soignée, sur fond de passion, de vengeance et de jalousie. Promulgué comme étant un thriller-romantique, ce film reste décevant, malgré la performance exceptionnelle de Vikram.

Le personnage de Koonan est très travaillé visuellement. Le travail en amont de Vikram transperce l’écran. Son physique, sa voix, sa posture, son allure, tout est parfait. La ressemblance physique est Quasimodo, ce monument de la littérature française, est inévitable aux premiers abords… Mais cette sensation est vite dissipée par la performance Vikram qui laisse sans voix.

En revanche, ce film voulu comme un thriller n’en est pas réellement un. Il n’y a, à aucun moment du film, de suspense particulièrement insoutenable. L’ambiance est sombre, effectivement, lorsque le film se centre sur Koonan, le bossu, grâce au jeu de lumière. Mais, le téléspectateur ne ressent aucune tension, caractéristique du thriller. Le côté « affreux » du personnage principal aurait pu être plus exploité pour rajouter un côté glauque et morbide, qui aurait apporté de la profondeur au scénario. En effet, le défaut est bien là : le film est visuellement extraordinaire, mais le scénario est maigre ! La perfection de la technique ne parvient malheureusement pas à pallier les lacunes scénaristiques.

Le personnage de Diya, incarné par Amy Jackson, n’a rien d’attachant. C’est très décevant de la part de Shankar qui nous a habitué à des personnages féminins bien mieux écrits (ex : Thenmozhi dans Mudhalvan). Amy Jackson fait seulement la belle pendant plus de trois heures à l’écran, sans rien apporter de fort à l’histoire. De plus, elle est bien trop jeune pour ce rôle, et cela se ressent. Une actrice plus âgée, comme Deepika Padukone, aurait apporté de la maturité au personnage, voire même un côté tourmenté, qui aurait été le bienvenue. Enfin, ses lèvres ne coïncident pas assez avec ses dialogues …

L’ensemble du film repose sur la transformation physique de Vikram. Les problématiques concernant la perte d’identité, liée à la déformation physique ne sont pas assez soulevées. Koonan n’est pas assez tourmenté par l’image qu’il renvoie, alors qu’il se considère comme décédé. Le choc aurait dû être plus fort, et plus violent. Il se résigne à accepter banalement son sort et à se venger … Trop simpliste. La psychologie des personnages n’est pas assez mise en valeur à l’écran. Ce reproche est aussi valable pour les autres personnages, notamment le médecin frustré, et le mannequin en perte fulgurante de popularité.

Shankar nous livre donc une œuvre visuellement magnifique, mais fondée sur un scénario peu travaillé. I aurait pu être plus sensiblement mis à l’écran. La douleur, la frustration et le mal-être vécus par les personnages ne parviennent pas à toucher le téléspectateur. Les personnages sont là, mais ils ne marquent pas. Sans la transformation physique spectaculaire de Vikram et le travail technique mirobolant, le film serait vide de substance. Enfin, les thèmes abordés (amour, vengeance, jalousie, égo) restent des grands classiques du cinéma tamoul.

3,5/5

À propos

Laisser un commentaire