Critique du film Pizza II : The Villa Par Sophia Samy

octobre 28, 2014
par Shankara Team

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Jebin (Ashok Selvan), est un jeune écrivain en quête de succès. Alors que son père vient de mourir, il découvre que celui-ci lui laisse une majestueuse villa dans la ville de Pondichéry, dont l’existence était jusqu’ici tenue secrète. Criblé de dettes, il décide de s’y rendre dans le but de la vendre et d’investir dans la publication de son premier roman. Mais après avoir découvert la demeure aux allures antiques et ornée de peintures, il décide d’y rester, le temps de la vente, avec sa petite amie Aarthi (Sanchita Shetty), afin d’y préparer un deuxième roman. Un soir, il décide de s’attarder sur le piano et découvre une clé, cachée sous une corde. Il découvre également, grâce à l’un des tableaux décorant la maison, que celle-ci contient une pièce secrète, jusqu’ici condamnée, au premier étage. En forçant l’entrée, il y trouve des dizaines de tableaux, peints par son père. Certains d’entre eux semblent représenter des évènements qui ont eu lieu dans sa vie, et d’autres semblent le mettre en scène, dans un futur proche. Les jours passent, et au vu des évènements, il semblerait que les tableaux laissés par son père soient prémonitoires …
Alors que les échecs commerciaux sont nombreux dans la catégorie des « suites surfant sur le succès du premier opus », qu’en est-il de Villa ?
Le titre complet est Pizza II : The Villa, mais détrompez-vous, ce film n’a aucun lien avec Pizza. En effet, Villa n’est pas suite de Pizza, comme le titre pourrait nous le laisser penser. Et, il n’y a aucun acteur en commun entre les deux films. Le seul lien unissant ces deux œuvres est la production, assurée par C.V. Kumar.
Ashok Selvan, vu dans Soodhu Kavvum, abandonne le rôle du jeune diplômé angoissé par son avenir et change totalement de registre. Il nous dépeint ici le rôle d’un écrivain trentenaire frustré et solitaire. Il est fils unique, et a grandi sans mère. On devine qu’il a été très tôt en conflit avec son père, qui a refusé son intérêt pour l’écriture et préférait le voir dans les affaires.
Bien que l’idée de départ de l’artiste tourmenté soit honorable, l’interprétation n’est pas au rendez-vous. Il faut reconnaître qu’Ashok Selvan manque terriblement de charisme. Son look stéréotypé d’écrivain barbu à lunettes et portant des djipas grisâtres a été vu et revu. Il est donc très difficile pour le téléspectateur de s’attacher à un personnage qui a été interprété maintes fois dans le cinéma tamoul, surtout quand il l’a été mieux que ça. Il manque à Ashok Selvan un air ténébreux, à l’image de R. Madhavan dans Kannathil Muthamittal. On pourrait même dire que Jebin est une pâle copie ratée de l’inoubliable Thiruchelvan de l’œuvre de Mani Ratnam. Il tente de donner de la profondeur au personnage de Jebin en s’abstenant de sourire tout le long du film. Mais il en ressort seulement un air bougon et une impression de perpétuelle mauvaise humeur.

Sanchita Shetty, vue également dans Soodhu Kavvum, s’en sort plutôt bien. Elle est pétillante, souriante, et apporte de la fraîcheur dans le film. Elle tente tant bien que mal de jouer l’amoureuse, mais c’est un échec. Elle semble être abonnée au même genre de rôles depuis le début de sa carrière dans l’industrie tamoule, en 2010. Elle interprète encore une fois une jeune indienne moderne, issue d’une famille plutôt aisée. C’était donc attendu qu’elle soit à l’aise dans ce rôle.

Le couple formé par Ashok Selvan/Jebin et Sanchita Shetty/Aarthi n’est pas crédible. Jebin a l’air totalement détaché. Et sa voix monotone et sans tonalité n’y est pas pour rien. Ils ne sont pas touchants, ou même attendrissants. Cela est dû au fait qu’aucun détail sur leur couple n’est dévoilé. On ne sait rien sur les circonstances de leur rencontre, ni même ce que fait Aarthi dans la vie, hormis de la peinture à ses heures perdues. Qui est-elle vraiment ? Comment a-t-elle rencontré Jebin ? Depuis quand sont-ils en couple ? On ne sait rien sur eux, et ils ont l’air d’en ignorer beaucoup l’un sur l’autre. Bref, la chimie n’opère pas !
C’est bien là que l’on remarque que Villa n’est pas du tout à la hauteur de Pizza. Mickael et Anu était attendrissants, complices, amoureux, soudés, fusionnels. Pizza n’est pas un très long film, mais le public a le temps d’éprouver de la compassion pour ce couple formé de deux orphelins qui s’aiment depuis leur enfance. Le téléspectateur est quasiment prêt à leur pardonner leur coup monté. Alors qu’ici, on est irrité par ce couple qui est inutile. Si Aarthi était tout simplement une amie de Jebin, l’effet serait le même.

Pour poursuivre avec les points négatifs, on peut citer les effets spéciaux qui sont trop nombreux et indigestes. La scène avec l’intervention du parapsychologue dans la villa est trop longue, et trop surjouée. Les effets spéciaux sont trop présents et affectent la crédibilité de la scène. On se croirait revenu dans un film d’horreur raté aux effets spéciaux bidons qui font plus rire que peur.

Mais à côté de cela, il y a aussi beaucoup de points positifs dans ce film. Il faut d’abord citer les décors et l’éclairage, qui sont un véritable atout. La villa est très belle à l’extérieur et l’intérieur est très bien décoré. L’ambiance antique qui est dégagée convient parfaitement à l’histoire et au style du personnage de Jebin qui semble aimer les choses authentiques. L’éclairage, créateur d’une atmosphère dangereusement rougeâtre qui inonde la villa, participe vivement à sa personnification. C’est ce qui nous donne l’impression qu’elle pense avec Jebin, qu’elle respire avec Jebin, voire qu’elle défie Jebin, à la fin
Autre atout de ce film, est l’ouverture finale, après le dénouement. Un petit reste de surnaturel, qui déstabilise les personnages auteurs de la supercherie. Cette technique avait déjà été utilisée à la fin de Pizza, et le réalisateur de Villa, Deepan Chakravarthy, a eu la bonne idée de la réutiliser dans son œuvre. On en ressort avec un sentiment de justice rendue, d’arroseur arrosé, lorsque le film se termine.

Pour conclure, on ressort assez déçu de ce film, surtout si on essaie de le comparer à Pizza. Alors, ne le comparez pas ! Ce film est à voir pour ce qu’il est et sans aucune attente particulière. L’histoire est assez complexe et demandera de la concentration, mais mérite de détour. Il y a quelques moments de flottements mais ils sont vite chassés par l’intrigue qui, il faut l’avouer, tient en haleine le téléspectateur jusqu’à la dernière seconde. Les rebondissements sont efficaces et pour le coup, ce sont de véritables rebondissements, et non pas des dénouements attendus. C’est un film techniquement maîtrisé avec un décor, et une musique impeccables.

Note : 6,5/10 – A voir en famille, un dimanche après-midi, pour se détendre !

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