Critique du film Vidiyum Mun : Avant l’aube Par Sophia Samy 

octobre 24, 2014
par Shankara Team

1003203_777632325597386_1632249687_n

Vidiyum Mun, qui signifie « Avant l’aube » en tamoul, tourne autour d’une relation sans nom, mais intense qui unit une femme et une jeune enfant de 12 ans. C’est un aussi un film poignant sur le monde obscur et hostile de la prostitution, qui renferme violence, paranoïa, menace, chantage et trahison. Dans cet univers, où l’homme est un loup pour l’homme, Balaji K. Kumar nous dépeint une femme forte, Rekha (Pooja Umashankar), une prostituée, qui tente de sauver Nandhini (Malavika Manikuttan), une enfant de 12 ans, des griffes de la prostitution.

Dès les premières minutes du film, la tendance est signalée : ici, pas de paillettes, pas de couleurs, pas de danses endiablées, pas de musique rythmée. On est directement plongés dans un thriller sombre, sans perte de temps inutile. Le film débute avec Rekha et Nandhini, qui courent, de nuit. On devine qu’elles fuient un danger, mais on ignore lequel. Une à une, les sources de leur détresse sont dévoilées. On découvre qu’elles sont poursuivies par Singaram (R. Amarendran) ancien souteneur de Rekha, aidé d’un petit malfrat local, Lankesh. Ils sont également poursuivis par Chinnaya (Vinoth), un personnage mystérieux dont on ne sait pas grand chose. Il poursuit Rekha et Nandhini car elles sont supposées auteures du meurtre de son père.

Rekha est incarnée par Pooja Umashankar qui signe son grand retour après sa prestation notable dans Naan Kadavul en 2009. Elle est parfaite pour ce rôle et porte la quasi-intégralité du film sur ses épaules. Ses expressions sont justes et appropriées. Sa voix est légère et son accent apporte du naturel et de la crédibilité à son personnage. Elle semble intelligente, éduquée et s’éloigne considérablement du cliché de la prostituée honteuse et torturée intérieurement qu’on a pu connaître dans d’autres œuvres auparavant. Elle est consciente de sa situation et l’accepte tant bien que mal. Elle excelle dans sa performance, à l’image de Sneha dans Pudhupettai.

Le rôle de Nandhini est endossé par Malavika Manikuttan qui malgré son jeu âge signe une prestation tout à fait honorable. Elle vit pratiquement son personnage et ses expressions sont d’une justesse déstabilisante. Sa naïveté et sa spontanéité la rapprochent du téléspectateur qui peut facilement identifier un enfant de son entourage à cette petite Nandhini. Et c’est bien là que réside la grande qualité de Malavika Manikuttan : elle fait de Nandhini un personnage touchant et attachant. On éprouve de la compassion pour cet enfant qu’on aimerait à notre tour sauver, comme le fait Rekha.

La relation entre Rekha et Nandhini est un point fort du film. Elle est à la fois tendre et conflictuelle. Leur lien vacille entre une relation mère/fille et une franche amitié. Tantôt il y a de l’autorité, tantôt de la complicité. Elles se cherchent, elles se comprennent, elles jouent, elles rient, bref, elles s’aiment ! Et nous, on les aime aussi.

Chinnaya est de loin le personnage le plus mystérieux du film. Il est imprévisible et morose, ce qui le rend particulièrement redoutable. Ses dialogues se limitent à des hochements tête et des clignements de paupières. La force de son personnage est maintenue jusqu’aux dernières minutes du film où l’on découvre le véritable objet de sa quête. Vinoth est remarquable, et malgré sa faible expérience dans le monde du cinéma tamoul, il incarne à merveille ce personnage. Il nous fait frissonner jusqu’à la fin. Ses grands yeux sont un atout majeur qu’il utilise parfaitement bien.

Les seconds rôles sont aussi une vraie réussite dans ce film. Rien n’est laissé au hasard. Singaram et Lankesh, autre « duo » de l’intrigue sont parfaits. Ce sont des malfrats locaux qui sont à la recherche de Rekha et Nandhini pour une miteuse question d’argent. Leur alchimie fonctionne très bien et leur relation fait naître un humour cynique qui nous arrache inévitablement quelques rires qui sont, il faut le dire, plutôt bienvenus. Le seul hic est Devanayagi, l’amie et ancienne « collègue » de Rekha, qui va l’héberger deux jours à Srirangam. Son histoire est un peu improbable. Comment une femme qui se prostituait à Bombay s’est-elle retrouvée mariée à un brahmin à Srirangam ? Mais bon, la question ne mérite pas vraiment qu’on s’attarde dessus, car l’intérêt est moindre.

Pour conclure, Vidiyum Mun est un film réussi. L’histoire est intéressante et l’intrigue bien menée. Le va-et-vient permanent entre le présent et le passé permet de nous tenir en haleine puisqu’à chaque fois, seul le strict nécessaire sur les faits nous est dévoilé. Aucune scène n’est embarrassante, ou « trash » comme on pourrait le craindre, puisque c’est un film qui traite de la prostitution. Tout est montré subtilement et avec respect. Et puis, quel plaisir de voir qu’une actrice en tête d’affiche peut être aussi « bankable » qu’un acteur ! Et non messieurs, vous ne faites plus notre gloire.

7,5/10 – Si vous êtes en quête d’une bonne surprise, ce film est pour vous.

© Sophia Samy & Shankara Team

À propos

Laisser un commentaire